« Au début de ce siècle, à peu près personne ne savait que le monde est malade, – des auteurs comme Guénon et Coomaraswamy prêchaient dans le désert, – tandis que de nos jours, à peu près tout le monde le sait ; mais il s’en faut de beaucoup que tout le monde connaisse les racines du mal et puisse discerner les remèdes.

On entend souvent dire à notre époque que pour combattre le matérialisme, la technocratie, le pseudo-spiritualisme, ce qui s’impose est une nouvelle idéologie, capable de résister à toutes les séductions et à tous les assauts et de galvaniser les bonnes volontés ; or le besoin d’une idéologie, ou le désir d’opposer une idéologie à une autre, est déjà un aveu de faiblesse, et toute initiative résultant de ce préjugé est fausse et condamnée à l’échec.

Ce qu’il faut faire, c’est opposer aux fausses idéologies la vérité qui a toujours existé, et que nous ne pourrions jamais inventer puisqu’elle existe en dehors de nous et au dessus de nous. Le monde actuel est obsédé par le préjugé du dynamisme, comme si c’était là un « impératif catégorique » et une panacée, et comme si le dynamisme avait une signification et une efficacité en dehors de la vérité tout court. »

L’Firthjof Schuon – « Le Jeu des Masques », L’Age d’Homme / Delphica 1992, pages 103-104.

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