Les termes oratio et jejunium impliquent que l’invocation doit toujours s’accompagner d’une parfaite sobriété, c’est-à-dire qu’il ne faut s’attendre à aucun résultat pendant l’invocation ; toute notre satisfaction doit venir du seul fait que nous pratiquons l’invocation ou que nous sommes en présence du Nom. Il ne faut espérer aucune grâce sensible ; il faut se comporter comme si la grâce ne venait qu’au moment de la mort. Car ce qui nous
sauve, ce n’est pas la conscience d’une grâce ou d’une réponse quelconque, c’est uniquement le fait que nous prions. Nous avons pour cela toute notre vie ; il faut donc veiller à l’équilibre de l’âme afin d’éviter l’alternance des phases d’enthousiasme et d’aridité. Si nous sommes indifférents à l’aridité, elle se dissipera bien ; il faut bien nous pénétrer de l’idée que ce ne sont pas nos états qui comptent, c’est uniquement notre fidélité à l’oraison. Il ne faut pas que notre âme complique les choses ; quand des complications se présentent, il faut d’une part les éliminer par l’intelligence en recherchant
leurs causes, et d’autre part les combattre par la prière personnelle en demandant l’aide du Ciel.
Si vous avez des tentations de lassitude, cela prouve que vous mettez trop d’effort psychique dans la pratique spirituelle, ce qui fatigue l’âme ; il faut invoquer d’une manière plus impersonnelle et plus détachée, et ne pas
trop s’engager dans l’individualisme propre à la mystique volontariste ; il faut avoir le sens de la quiétude. Nos sentiments ne sont rien, la persévérance est tout.
Shaykh Issa Frithjof Schuon