On rapporte que l’Imam Al Ghazali après s’être occupé de purifier son intérieur, suivant les enseignements des saints de dieu, déclara : » Nous avons perdu notre vie entière dans les illusions. Quel échec et quelle déception a été mon passé ! » Pourtant, c’est bien grâce à
cela que vous êtes parvenu à être » la preuve éminente de l’islam » lui fit-on remarquer. Assez d’impertinence ! répondit-il. Ne vous est-il pas parvenu la parole du prophète (§), précisant que : « Dieu propage Sa religion par le libertin » ?
Médite, mon frère, la modestie de ce célèbre savant avouant sa grande erreur avant d’avoir adhéré à la voie des élus. Il ne faut surtout pas croire qu’il fit une telle déclaration par manque de considération pour les enseignements du dogme. Loin de là ! En reconnaissant son erreur, il glorifie cette science dont il ignorait auparavant le sens profond alors qu’il était un éminent érudit.
L’essentiel de son savoir se limitait à la connaissance littéraire de textes dans l’ignorance de la véritable science et de son contenu. Mais lorsque Dieu le dirigea dans Sa voie par la rencontre des soufis, sa science se confirmait en lui alors qu’antérieurement, il s’arrêtait aux prescriptions et au sens physique des lois.
Azzeddine Ibn Abdassalam (que Dieu lui accorde sa miséricorde), disait : « Les élus, c’est-à-dire les soufis, se sont basés sur les fondements essentiels de la loi divine qui est immuable ici-bas et dans l’au-delà, alors que les autres se sont arrêtés à la lettre. »
Ce qui constitue la preuve de leur valeur ce sont les charismes qui se manifestent à travers eux, la guidance qu’ils prodiguent pour les créatures, les sagesses et les conseils qu’ils professent. Celui que le destin met en leur présence, tire de leur compagnie un profit qu’il ne peut trouver ailleurs.
An- Nawawi rapporte dans son commentaire sur le livre (Al-Muhaddab)
« L’éduqué » que l’imam Ash-Shafi’î (que Dieu les agrée) disait toujours : » J’ai appris lors de mes réunions avec les soufis, deux sentences :
la première, – le temps est une épée tranchante, tranche-le avant qu’il ne te tranche – ;
la seconde, – occupe ton ego (nafs) à accomplir le bien, sinon il t’occupera à faire l’inverse. »
Admire, mon frère, la sincérité de cet imminent érudit qui reconnaît aux soufis leur persévérance dans le bien et la continuité de leurs efforts dans la voie de la vertu.
Le cheikh Ash-Sha’rânî (que Dieu l’agrée) dit : « Remarque
comment l’imam Ash-Shafi’î a retenu l’enseignement des soufis. Ce qui prouve leur suprématie sur les autres maîtres qui lui dispensaient l’enseignement exotérique et dont il ne cite aucune sentence. »
Enfin l’accord est unanime chez les élus, que cette science est celle des véridiques. Celui qui réalise une part est parmi les rapprochés dont l’état est supérieur à celui des compagnons de la droite (Ashab Al-yamin). Heureux est celui qui en a sa part et malheur à leur adversaire ignorant et fanatique qui les éprouve en ce qu’il sait et les importune en ce qu’il méconnait. Il ne fait preuve d’aucun bon sens en voulant combattre l’invincible.
Un sage disait :
« Quiconque essaie de combattre Celui qu’on ne peut vaincre
Ne fait que s’attirer des malheurs. » Pense, mon frère, du bien de Dieu et de Ses saints, en particulier des Maîtres de cette voie, car calomnier leur dignité est un poison mortel, que Dieu nous
en préserve ainsi que les musulmans.
Cheikh Ahmad al-Alawî